samedi 21 novembre 2009

J'ai vérifié, honte à moi! Ils appellent ça le TAS. Ils ont un acronyme! J'appelle à l'aide, au secours, décidément j'en ai trop enduré. Je vais me faire une soupe alpha bits pleine d'acronymes remplis de ciguë ou d'arsenic ou de curare et vais enfin en finir avec toutes ces insupportables diminutions.
Une psychologue à la radio parlait l'autre jour -- excusez-moi si je me trompe, j'en ai le cerveau tout estourbi -- de trouble affectif saisonnier. Il semblerait que des gens seraient, à l'approche de l'hiver, soudain pris d'un syndrôme objectif, incontrôlable, maladif, malheureux, écrasant que l'on nomme dépression, mais que cette dépression serait levée aussitôt les premières lueurs du printemps. S'attelant hardiment à la tâche de démêler tous les noeuds de ce mystère insondable, les psychologues ont pointé du doigt l'absence de lumière l'hiver qui pourrait avoir sur l'organisme humain des conséquences dépressives, mais leurs recherches à cet égard ne donnant que peu de résultats probants, en sont venus à la conclusion qu'il faudrait sans doute accuser une combinaison de facteurs.

S'il vous plaît sauvez-moi de cet univers impossible qui veut faire mourir les accents circonflexes sur les i et tout ce qu'il reste de lumière avec. Je savais bien qu'en tuant les cîmes on trouverait le moyen de tomber plus bas que le fond du baril!

C'est l'hiver criss, et l'hiver il fait froid et noir et les paresseux et les couards sont malheureux de ne pas être des carpes qui reposent dans l'eau et au soleil. Voilà tout. Tant pis pour eux. Ils ne savent pas ce qu'ils manquent les joues coupées par le froid, avec des épaisseurs de pluie du ciel crystalisées en mottons denses partout sur la rue qui ensevelissent les voitures et les passants endormis, et des glaces qui craquent et chantent quand on marche dessus et la bouche qui fume comme un dragon sans cigarette. Dieu que j'ai hâte!

mardi 17 novembre 2009

Tiens j'en ai assez de gribouiller des niaiseries, vais me remettre à chanter et jouer de la guetar, au moins, même tout seul, je vais avoir un peu de plaisir.

lundi 16 novembre 2009

I'm not a husband to my wife
I'm not a father to my children
I'm not a friend to my friends

I'm nothing


Tony Soprano, The Sopranos, episode 12 (Isabella), saison 1.


Comme c'est étrange, Tony a lu Levinas... et l'a compris comme s'il avait aussi réfléchi après l'avoir lu.

dimanche 15 novembre 2009

Ragouch focuses on the good times, Meadow can't park the car.


It's all a big nothing.
And then not.

Alles ist weniger als es ist
Alles ist mehr.


I've got this yearning burning feeling inside me
Deep inside me
And it hurts so bad


samedi 14 novembre 2009

Notes de lecture

"Non je ne sais pas s'il est possible de regarder un incendie sans un certain plaisir." Voilà, mot pour mot, ce que me dit Stépane Trofimovitch, de retour chez lui après un incendie nocturne dont il avait fortuitement été témoin, et encore sous la première impression du spectacle. Il va de soi que le même amateur du feu nocturne se jettera lui-même dans le feu pour sauver un enfant ou une vieille femme pris dans les flammes; mais cela, n'est-ce pas, c'est tout à fait autre chose."

Dostoïevsky, Les démons



Mais est-ce vraiment tout à fait autre chose? Ou n'y a-t-il pas un lien important entre cette ivresse devant le feu et la générosité et la force de ceux qui savent se sacrifier?

jeudi 12 novembre 2009

Il y a quelques jours, un article d'André Habib a été commenté par un journaliste en des termes qui m'ont semblé étranges. Ce n'est pas la première fois que je rencontre ce type d'étrangeté ou pour le dire plus crûment, cette suffisance professionnelle de ceux qui savent faire court et tourné selon le goût du jour pour la seule raison qu'ils n'ont rien d'intéressant ni de difficile à dire, qui me semble assez bien décrite ici par Platon en terme de servilité:

Ainsi se comportent l'un et l'autre, théodore. L'un, qu'une réelle liberté, un réel loisir ont formé, celui précisément que tu nommes philosophe, peut, sans qu'on s'en indigne, faire figure de simple et de bon à rien quand il choit en des offices serviles, et ne point savoir, par exemple, comment s'installe une couverture de voyage, comment se relève un mets ou s'assaisonnent en flatteries les discours. L'autre peut, de tout cela, faire sagace et prompt service. Mais il ne saurait relever son manteau sur l'épaule droite à la façon d'un homme libre ni s'adapter à l'harmonie des discours pour dignement chanter la réalité de vie que vivent et les dieux et les mortels bienheureux.

mardi 10 novembre 2009

WIKIPEDIA

Je suis un peu désespéré et ne sais que faire ni que dire. J'ai eu beaucoup de plaisir à apprendre ou penser apprendre ces dernières années en lisant des articles à propos de sujets qui m'intéressaient sur Wikipedia. Aujourd'hui, ce que je fais rarement, je cherchai à propos d'un sujet que je connais un peu, sur la querelle des universaux au Moyen-Âge où l'on parlait bien sûr aussi d'Aristote et de Platon, sources essentielles pour les penseurs moyenâgeux. Quelle surprise et désespoir me pétrifièrent lorsque je découvris non seulement en français (qui souvent sur Wikipedia a malheureusement beaucoup à envier à l'anglais), mais en anglais aussi, quantité d'erreurs, de falsifications et de torsions maladroites (et je ne parle pas ici de simplifications pouvant être justifiées par un souci pédagogique ou par un effort de vulgarisation). Enfin, peut-être le caractère pointu du sujet est-il en cause, mais cette expérience me remplit de doute sur ce qui m'enthousiasmait au départ, sur cette formule, et sur la véracité et la solidité des articles dont je peux moins facilement juger de la valeur.

mercredi 4 novembre 2009



Et encore, pour rire... Toujours Les démons.

Certes, on y parlait beaucoup d'amour, de l'amour qu'éprouvait un génie pour une certaine dame, mais, je l'avoue, cela laissa une impression de malaise. La petite silhouette bedonnante de l'écrivain génial aurait dû, je ne sais pas, lui interdire, à mon avis, de parler de son premier baiser... Mais -- et là encore, c'est assez vexant -- ces baisers, ils ne se faisaient pas trop comme chez le reste de l'humanité. Pour le génie, il faut absolument que du cytise pousse tout autour (du cytise, absolument, ou bien ce genre de végétal qu'il faudra que vous cherchiez dans la Botanique). En plus de ça, le ciel doit absolument avoir une sorte de teinte violette, laquelle teinte, bien sûr, n'a jamais été remarquée par aucun mortel, c'est-à-dire que, si, tout le monde l'a vue mais personne n'a su le remarquer, et "moi, vlan, je l'ai vu et je le décris, espèces d'imbéciles, comme la chose la plus banale qui soit". L'arbre sous lequel s'assied ce couple intéressant doit absolument avoir une sorte de couleur orange. Et ce couple-là, il est, je ne sais où, en Allemagne. Soudain, [...] le frisson d'exaltation parcourt le dos de Monsieur et de Madame. Après, il y a une espèce de sirène qui couine dans les buissons, Gluck se met à jouer du violon dans les ajoncs. La pièce qu'il interprète est nommée en toutes lettres, mais personne ne la connaît, de telle sorte qu'elle aussi, il faudra la chercher dans un dictionnaire de musique. Sur ces entrefaites, un brouillard blanc se met à tournoyer, il tournoie, il tournoie tellement qu'il ressemble plus à un million de coussins qu'à du brouillard. Puis, d'un seul coup, tout disparaît, et le grand génie traverse la Volga, en hiver, par un temps de redoux. Deux pages et demie sur cette traversée, mais, tout de même, il tombe dans un trou d'eau. Le génie est en train de se noyer -- vous pensez qu'il se noie? Jamais de la vie; tout ça, c'est pour dire qu'au moment où, ça y est, il se noie complètement, il avale de l'eau, il voit luire devant lui un petit glaçon, un minuscule petit glaçon gros comme un petit pois, mais pur et transparent, "telle une larme gelée", et dans cette larme-là se reflète toute l'Allemagne, ou pour mieux dire, le ciel de l'Allemagne, et que la lumière en arc-en-ciel de ce reflet lui rappelle cette fameuse larme qui, "t'en souviens-tu, se forma dans tes yeux quand nous partagions l'ombrage de l'arbre d'émeraude et que tu t'exclamas joyeusement: "le crime n'existe pas!" "Non, répondis-je, au bord des larmes, mais s'il en est ainsi, alors, les justes n'existent pas non plus." Et nous fondîmes en sanglots et nous nous séparâmes à jamais."
Racolage

... des poètes qui, à défaut de thèse et de talent, se promenaient en bottes et blouses paysannes...

Dostoïevsky, Les démons

mardi 6 octobre 2009



Meurs donc à ton tour, ami. À quoi bon ces cris?
Patrocle est mort aussi, qui valait mieux que toi.
Ne vois-tu pas quel homme je suis, grand et splendide
et né d'un père illustre et d'une mère immortelle?
Et pourtant, même moi, la mort et l'impérieux destin sont sur ma tête .
Un matin viendra, un soir, un midi, où quelqu'un
dans la bataille m'arrachera la vie
en me touchant de sa pique ou d'un trait de son arc.
Il dit, et l'autre sent ses genoux et son coeur faiblir,
lâche sa lance, recule et s'assied, les bras tendus;
mais Achille avait tiré son épée déjà
et il frappe entre le cou et l'épaule,
et la lame à double tranchant pénètre tout entière.
Lycaon tombe, le front sur le sol gisant de tout son long
et le sang noir coule et trempe la terre.

Ἰλιάδος, chant XXI

mercredi 30 septembre 2009



"Toute la terrifiante beauté de la tempête prit, dès lors, à ses yeux une nouvelle splendeur. Il avait dit ce que son âme aspirait à entendre, bien que sa raison s'en effrayât". De quelle manière simple et même désuète Tolstoï divise l'esprit humain en âme et raison! Flaubert n'eût pas écrit cette phrase; mais c'est le raffinement de son art qui en fait la limite.

George Steiner

samedi 19 septembre 2009



Qu'est-ce qu'on fait avec une grande quantité de cellules mortes?
Qu'est-ce qu'on fait?
Et bien si faire il y a c'est que mort n'est pas partout, alors allons, allons de divisions en éclats en déchirures toniques si mort il y a les cellules l'ignorent
Allons têtes fendues contre les herbes y voir
Bien sûr on ne sait pas ce que l'on dit
Il y a quelqu'un de couché sur la rue qui a raison
Oui oui et l'on se demande de quelle couleur est la porte
Et si je suis en retard
Misère misère et l'on est tout surpris
que le soleil encore avec le jour comme on dit
Nous impose sans nous voir
Ses explosions ordinaires

dimanche 13 septembre 2009


As-tu vu?
Oui je sais.
Quoi?
Que j'ai mangé ta face.
Quoi?
Oui, je sais tu ne vois rien, c'est parce que j'ai mangé ta face.

dimanche 6 septembre 2009

George Steiner, Tolstoï ou dostoïevsky



Il existe plus de "cent grand livres". plus de mille. Mais leur nombre n'est pas infini. À la différence du chroniqueur et de l'historien de la littérature, c'est des chefs-d'oeuvre que devrait s'occuper le critique. Sa fonction essentielle est de distinguer non pas entre le bon et le mauvais, mais entre le bon et le meilleur.
Là encore, l'opinion moderne tend à une vue tout autre. Une fois les joints du vieil ordre culturel et politique relâchés, elle a perdu cette assurance sereine qui permettait à Matthew Arnold de parler dans ses conférences sur l'art de traduire Homère, des "cinq ou six poètes suprêmes" du monde. Nous ne nous exprimerions plus ainsi. Nous sommes devenus des relativistes.
Mais n'abdiquons pas trop. Dans l'excès du relativisme se trouvent les germes de l'anarchie. La critique devrait nous rappeler le souvenir de notre haut lignage, l'incomparable tradition de l'épopée telle qu'elle se déroule d'Homère à Milton.
Comment, demandent-ils, ranger sous un même vocable l'Iliade et le Paradis perdu, que séparent des millénaires de faits historiques?
Nous leur répondrons que les antiques modes de définition et de compréhension ont plus de profondeur que les vicissitudes du temps.
Ce sont là quelques-unes des valeurs que j'évoquerai pour appuyer cette étude sur Tolstoï et Dostoïevsky. Ils sont les deux plus grands romanciers (toute critique, dans ses moments de vérité, est dogmatique [parce que la critique littéraire, faite comme il se doit, nait d'une dette d'amour]).

mardi 4 août 2009



Lorsque les Grecs réfléchiront eux-mêmes sur la guerre de Troie, ils diront parfois que la vraie raison de cette guerre, c'est que, les hommes s'étant multipliés en masse, les dieux s'irritaient de cette foule bruyante et voulaient en purger la surface de la terre. Les hommes font un trop grand vacarme. Il y a la zone éthérée, silencieuse, où les dieux se recueillent et se regardent les uns les autres, et puis il y a ces humains qui s'agitent, qui vibrionnent, qui s'époumonent en cris et en disputes, alors de temps en temps, une bonne guerre, aux yeux des dieux, cela règle le problème: retour au calme.

Jean-Pierre Vernant

samedi 25 juillet 2009

PERSONNE

jeudi 16 juillet 2009


Il faut trouver le Cyclope.

vendredi 3 juillet 2009

L'homme enterré dans la pampa (Pablo Neruda, Chant général)

De tango en tango, si j'arrivais
jusqu'au domaine, jusqu'aux prairies,
si, déjà endormi,
un blé sauvage sortait de ma bouche,
si j'écoutais dans les pampas
un tonnerre de chevaux, une furieuse tempête de pattes
passant sur mes doigts enterrés,
je baiserais sans lèvres la semences,
j'arrimerais à la semence les vestiges
de mes yeux
pour voir le galop qui aima ma turbulence:
tue-moi, vidalita,
tue-moi, que se disperse ma substance
comme le métal rauque des guitares.



À ceux qui savent lire.