jeudi 25 juin 2009



Je viens de découvrir, honte à moi, la Conspiration dépressionniste, mais j'ai l'habitude de ces retards inexcusables. Cette phrase seule, du numéro 9, montre toute la finesse et l'intelligence de ses auteurs: une voix discordante dans ce concert d'idioties est une nécessité objective. L'intelligence est rare, rare aussi ceux qui sont capables d'en faire preuve discrètement, sans avoir la grossièreté de la souligner à tout propos. Ces gens sont merveilleux de subtilités et d'élégances qu'on ne remarque pas.

samedi 23 mai 2009

On a souvent tendance à s’imaginer que ce qui est général, qu’une question qui vise l’essence ou l’être de quelque chose vise nécessairement une abstraction qui vide la chose visée de tout son contenu. Par exemple, si l’on demande quelle est l’essence de la peinture, ne doit-on pas faire abstraction de toutes les peintures particulières qui sont dans leur spécificité si magnifiques et les réduire à ce qu’elles ont en commun, à savoir une toile, des couleurs et un cadre, à la limite une corde pour les accrocher au mur, et leur arracher de la sorte tout ce qui faisait leur intérêt? Mais ce qu’il faut se demander, c’est si c’est là la manière convenable d’interroger l’essence avant de rejeter avec dédain tout type d’interrogation semblable. Il faut se demander si en interrogeant l’essence de la peinture, ce n’est pas plutôt cette aptitude à être remarquable que l’on interroge, si ce n’est pas le rapport à l’homme qui la regarde et si l’on ne touche pas par là ce qui est au cœur de la particularité de chaque peinture et ce qui rend tout simplement possible qu’elle soit ce qu’elle est. Prenons par exemple un chien. On pourrait dire qu’en interrogeant l’essence ou l’être du chien, on tombe dans une interrogation vide qui nous éloigne de tout chien particulier. Mais examinons la chose de plus près et tentons de saisir la particularité du chien. Nous l’identifions d’abord comme un chien, mais cela, c’est très général. Précisons. Cette chose-ci a quatre pattes. Ceci est encore plus général. Elle a du poil; mais ça aussi c’est assez général : il y a beaucoup de choses avec du poil. Elle est de couleur noire. Encore une fois, nous tombons dans du plus général encore. Il y a une quantité innombrable de choses noires. Comment trouver le caractère qui décrira ce chien comme cette chose incomparablement particulière qu’il est? Mais précisément ceci, que c’est cette chose ci, unique rassemblement de toutes les qualités qu’on lui trouve. Cependant, le fait est que tout ce qui est est un ceci, une chose identifiable qui consiste dans le rassemblement de toutes les qualités qu’on lui trouve. En délimitant ce qui est le plus particulier, on trouve en fait le plus général, et c’est seulement en interrogeant ce plus général, ce fait de se rassembler en une particularité commun à toute chose, en interrogeant l’être de toute chose que l’on peut espérer parvenir à percer le mystère de ce chien.

dimanche 17 mai 2009

Comme c'est curieux, il y a une mauvaise odeur dans l'air, l'odeur de gens qui voudraient se faire flatter. Elle est partout et se répand comme un mauvais feu. Moi, je voudrais bien qu'on me dise plein de choses gentilles, qu'on fasse semblant d'être mon ami, qu'on me parle dans un langage qui me permet d'être à l'aise, qu'on me félicite à tout bout de champ pour rien et je serai alors, je vous le promets, prêt à féliciter à tout bout de champ tout le monde en retour. Oui, oui, s'il vous plaît, laissez-moi devenir une bouillie, et alors je disparaîtrai sans m'en rendre compte.

dimanche 3 mai 2009



Réunion de forces, activité et ferme résolution de mourir avec gloire. Ce sont ces trois grands principes de l'art militaire qui m'ont toujours rendu la fortune favorable dans toutes mes opérations. La mort n'est rien: mais vivre vaincu et sans gloire, c'est mourir tous les jours.

Napoléon Bonaparte

samedi 11 avril 2009

Il faut mourir parfois quand on voit des choses impossibles.

Nommer, c'est appeler au secours, oui, mais quoi ou qui exactement?

jeudi 9 avril 2009

Le 11 février 1839, Lord Durham dépose un rapport recommandant, entre autre, l’assimilation des Canadiens français. Il constate que la lutte entre le Haut et la Bas-Canada en est une de race, deux nations se faisant la guerre au sein d’un même État. Il propose l’assimilation de ce « peuple sans histoire et sans littérature » par le biais de l’union du Haut et du Bas-Canada – dans cette union, les Canadiens français seraient alors clairement minoritaires, ce qui assurerait aux anglophones la majorité des deux chambres unifiées.


C'est un beau poème quand même. Je l'avais oublié. Quelle farce suis-je, moi qui colle des promesses de souvenir sur mon cul.

samedi 21 mars 2009




-- Quel est le moment le plus triste de ta vie?

-- La fois où Christine quitte Antoine Doinel, la fois où elle lui dit sous l'arche qui mène à la porte cochère du bâtiment où ils habitaient: "je t'aime encore Antoine, mais je préfère ne pas te rencontrer", puis après, près de la voiture, lui demande s'il ne veut pas qu'elle reste avec lui, qu'ils aillent au cinéma et qu'il lui répond: "non, je préfère rester seul, marcher un petit peu".

dimanche 8 mars 2009

En parlant d'abdigradationnistes:

Fior amore

Pascal, criss, veux-tu bien sortir de ta cuisine
Cet antre captieux aux contours glissants et froids
La saucisse est triste on a besoin d’un roi
Et la chambre du four est comme mélusine

On y entre l’hiver pour trouver la chaleur
On y demeure captif jusqu’aux petites heures
Comme des yeux amoureux et un sourire charmeur
Se transforment en serpent et nous collent au malheur

On a le regard glauque et la cervelle vide
Tous nos éclats sont morts trop d’amis nous ont fuis
Emmène-nous dehors oublie ce lieu sordide

Fais-nous rire encore en dansant sur les toits
Que ta tête bourrue comme une fée de la nuit
Soit notre noirceur vraie d’où la lumière croît

mercredi 25 février 2009

Et puis merde, aussi bien en revenir aux bases.

Alors, pour Vareuse http://vareuse.blogspot.com/ qui fait des titres abdigradationnistes.



Larmes

Je n’ai pas vu le temps j’ai mangé la salade
Tu croquais à belles dents mes vieux membres malades
Te souviens-tu des lents coups de mer en saccade
Des humeurs dans le vent de la première noyade

Les autres en rang nous regardaient pâlir
Nous avons vu leurs yeux, leurs têtes, leur mains pourrir
Dans l’eau pour chacun d’eux pendait une lyre
Un instrument qu’on noue autour des cous pour rire

Je sais qu’on ne mange plus quand on aime assez fort
Tous les bruits sont sans nom tous ceux qui meurent ont tort
Ils nous ont vus noyés dans la mer sur le sable

Nous savions bien qu’ensemble on doit ouvrir la bouche
Tu leur a tous montré qu’ils n’étaient que des mouches
Qu’à présent nos chants muets et mouillés les accablent

dimanche 22 février 2009

C'est amusant parce qu'Achille , c'est celui qui se fâche, qui abandonne les Grecs, qui boude parce qu'on a été injuste envers lui et qui ne revient charcuter un troyen que parce que son ami est mort. Pourtant il n'y a rien d'égoïste dans la colère d'Achille et son Ubris est assez juste pour définir la mémoire d'un peuple.
C'est amusant, dis-je, parce que la vie n'est pas un mauvais film.
Bon, alors je vais essayer de dire des choses sans me tromper. J'aimerais parler du grand film que sont les Sopranos et de la thèse sur la Bullshit et la manipulation qui est présentée là. J'aimerais parler de l'école. J'aimerais parler du mensonge quotidien que nous sommes tous quand nous n'essayons pas d'être assez grands, mais voilà que je redeviens stupide, sentencieux et mauvais.
Mais à chaque fois les mots justes me semblent les plus mauvais et les maladresses assez justes.
Il faudra que je me corrige de cela.
Bien sûr vous vous en foutez et vous avez raison.

J'aimerais dire des choses à propos de Kovalev et de Montréal et parler d'Achille et parler de cette histoire que l'on raconte sur ce blond lourd et élégant qui marcha un soir seul entre son arène et sa maison dans la tempête de neige et le vent du nord qui est le nôtre. Mais je suis tellement imbécile que je me limite encore à des allusions vagues.
Je suis un imbécile. Tout le monde le sait. Je parle dans des mots qui sont si banals et généraux qu'ils ne veulent plus rien dire, en fait qui sont bien plus maladroits encore que ce qui ne veut rien dire. Parfois je m'excite et fait des phrases, et alors on a raison de rire. Je suis désolé. Je vais essayer d'être meilleur.

jeudi 19 février 2009

"Varvara petrovna, offensée, voulut se jeter à corps perdu dans les "idées nouvelles" et inaugura chez elle des soirées. Elle invita des hommes de lettres et on lui en amena tout de suite une grande quantité. Après, ils vinrent d'eux-mêmes, sans invitation; le premier amenait le suivant. Jamais encore elle n'avait vu hommes de lettres pareils. Ils étaient vaniteux jusqu'à l'invraisemblable, mais ne s'en cachaient pas le moins du monde, comme s'ils voyaient là un devoir. Certains (quoique pas tous, loin de là) se présentaient déjà pris de boisson, mais comme s'ils y trouvaient une beauté particulière qu'ils auraient juste découverte depuis la veille. Tous, jusqu'à l'étrange, ils s'enorgueillissaient d'on ne savait quoi. On lisait sur tous les visages qu'ils venaient juste de découvrir une espèce de secret d'une importance toute particulière. Ils se querellaient et se faisaient un honneur de ces querelles. Il était difficile de savoir ce qu'ils avaient écrit précisément; mais il y avait là des critiques, des romanciers, des dramaturges, des satiristes, des accusateurs."

Dostoievsky, Les démons

mardi 16 décembre 2008

Espérons qu'il neigera abondamment cet hiver. N'est-ce pas aussi votre souhait? La neige est si belle. Vous l'aimez aussi n'est-ce pas?

Robert Walser

dimanche 5 octobre 2008

-- Why don't you kill him?
-- Cause he's my friend.

(Billy de Kid à propos de Pat Garrett)

samedi 30 août 2008

Il n'y a pas de tempête ici. Ni de temps, ni de peste.

lundi 21 juillet 2008

Pourquoi les gens que l'on dit méchants, très durs, avec des rides, des vêtements et des yeux, sont-ils si formidables?
Il y a des gens qui savent découper ceux qui les empêchent d'être intelligents.
Il est difficile de comprendre ce qu'est une loi.
À toutes les fois que j'ai mal dans le nerf qui vise de travers, il est impératif qu'une mort se passe.
Et j'aime bien celui-là qui ne comprend pas pourquoi je le tue et me tue également à l'instant.

Bien aimer, j'aime bien, et les frémissements d'une mauvaise température me trompent à toutes les fois que les découpés m'échappent d'être intelligents, de travers, difficiles et tués.
Que c'est beau un costume rayé.

dimanche 13 juillet 2008

samedi 12 juillet 2008

"Tell him something pretty"
Al Swearengen (Deadwood)

jeudi 10 juillet 2008

Un ami cette semaine s'est suicidé, avec qui je jouais aux cartes. Cela ne vous regarde pas. C'est pour cela que je le dis. On ne comprend toujours tellement que rien de ce qui ne nous regarde pas.

jeudi 29 mai 2008

Hé! Ho! hi, hi! Qu'est-ce que c'est drôle! Est-ce qu'il y a quelqu'un qui comprend?

Y a-t-il quelqu'un ici? Mais non bien sûr, c'est sur l'internet, il n'y a donc personne! Je suis dans un sous-sol humide et il n'y a personne que mon chien. Et chacun sait que la virtualité est si pauvre qu'elle n'est même pas vraiment virtuelle.

Y at-t-il quelqu'un chez moi, dans mon sous-sol? Ça pourrait. Hé, hé! Et alors est-ce qu'il y a quelqu'un?

Bien sûr que non. La vraie vie aussi est si pauvre qu'elle n'est même pas vraiment virtuelle.

Quelle bande de cons nous faisons tous.

samedi 26 avril 2008

Dans la même veine:


I don't care what they say
I'm in love with you
They try to pull me away
But they don't know the truth

Leona Lewis

dimanche 20 avril 2008

Pourquoi donc, alors, serait-il inadmissible de mentir?
Ça c'est un problème important.
Mais ce qui est inadmissible, c'est de vouloir que ce ne soit pas un problème et de mentir néamoins tout en gesticulant plus lentement que des moulins mous.
Il y a des choses pratiques.
Cela commence à être de jour en jour beaucoup plus difficile à endurer.
Une chose est absolument inadmissible:

1) Il y a des gens qui mentent (ceci est admissible à la rigueur)

2) Il y a des gens qui pensent ne pas mentir lorsqu'ils mentent